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05 Jul

« À tu et à toi » ou les peines de l'amitié et de la vie au Bic

Publié par Laurent Leblond  - Catégories :  #Théâtre du Bic A tu et a toi

Paraît qu'on peut tout dire à un ami, plus qu'à son conjoint. Et que cette solidarité est indéfectible, avec, évidemment, ses hauts et ses bas. Mais, ça tient. Et cette amitié permet de se dire ses quatre vérités.

« À tu et à toi » de la Gaspésienne Isabelle Hubert, proposée au Théâtre du Bic cet été, lancée jeudi, devant une salle remplie à capacité, a été accueillie avec beaucoup d'enthousiasme. J'en suis.

Le texte de cette jeune auteure propose une étude sur l'amitié, dès le secondaire, à l'époque des désirs et des espoirs, des projets, retrouvée à la trentaine, à l'occasion du mariage (remariage plutôt) de Christine (Guillermina Kerwin), qui fête en quelque sorte le moment d'attente des filles, pendant que les gars enterrent la vie de garçon du futur remarié. Ça se passe chez la sœur de Christine, Chantale (Julie McClemens), qui, à son retour d'une commission importante, ramène un « collègue » du secondaire, David (Étienne Pilon), ex Casque bleu et ennemi juré de Catherine (Catherine Allard) au secondaire, amie des deux sœurs.

Vin et autre alcool aidant, le quatuor brasse des souvenirs et des photos pour l'album du remariage, dans l'atmosphère survoltée d'un tel moment, qui draine les esprits et échauffe les cœurs. Et le trop plein de cette vie de conflits, d'espoirs déçus, de rappels douloureux, même de cette joie de se revoir et de fraterniser à nouveau, éclate.

La mise en scène de Louise Laprade, autre habituée du Théâtre du Bic, apporte de solides moments, surtout aux échanges parfois cruels entre les personnages, qui ne se ratent pas, dans le feu de cette « mise à jour », surveillée, si je puis dire, par le jeune ex-militaire, un peu en retrait, qui se définit par le très intéressant montage des photos et la qualité toute aussi réussie du montage sonore et vidéo.

Si les photos proposent des souvenirs d'hier, les insertions vidéastes demeurent significatives (surtout excellentes) pour la suite des choses dramatiques, superbement affichées dans ce décor très efficace de Dominc Thibault.

En ce qui me concerne, j'ai eu un peu de difficulté avec cette formule des insertions visuelles, en pleine action, si je puis dire, qui coupaient un peu, à mon avis, le rythme de la dramatique. L'idée du figé, en fin de projections, n'est pas mauvaise, sans toutefois enlever le malaise que j'éprouvais à chaque segment.

Ce choix scénographie explique peut-être, en quelque sorte, cette « timidité » du soldat qui a vécu l'enfer comme Casque bleu, au Liban (en mission de paix, donc sans droit de riposte), en militaire et incluant ses conséquences.

Ceci dit, la production mérite par plusieurs facteurs: la qualité du montage sonore (et visuel par le même occasion), la mise en scène précise à la dramatique, sur un texte qui a du punch et de la vigueur, enfin, et surtout, en raison d'une distribution à la fine pointe de son talent et de sa rigueur professionnelle.

Julie McClemens est étonnante de vérité dans ce rôle de Chantale, cette femme et mère qui ne supporte pas l'abandon, de son chum comme de bien du monde, amitié incluse; Guillermina Kerwin propose une Christine quelque peu névrosée, surchargée par la vie, qui n'a pas le temps de s'occuper d'autre chose qu'elle-même, une Christine survoltée, puis assommée, livrée avec une belle « générosité » si je puis dire; Catherine Allard demeure juste et en contrôle dans ce rôle d'une femme à la recherche de son âme (auteure dramatique ou infirmière?), avec une certaine douceur, qui éclate sous la pression de son espoir déçu; Étienne Pilon, autant sur les vidéos que sur scène, propose justement ce soldat de la paix, qui ne l'est pas du tout en fait, et qui aurait aimé, malgré sa timidité, comme bien des humains concernés, avoir le pouvoir et la force de sauver le monde. Le dialogue de la fin explique plusieurs antécédents, conclut peut-être trop rapidement la démonstration par contre.

« À tu et à toi » est une pièce qui sert par ailleurs très bien ce choix du théâtre en été au Bic, amusante, significative et révélatrice, bien écrite, belle à voir, dans une mise en scène personnelle, jouée avec une magnifique vigueur, dans un contexte visuel et sonore à signaler.

Du mardi au samedi, 20 h, au Théâtre du Bic. Jusqu'au 17 août. Billets au 418 736-4141.

Cote: quatre (sur cinq)

Dans l'ordre, Érienne Pilon, Catherine Allard, Guillermina Kerwin et Julie McClemens sur la scène du Théâtre du Bic. (Photo Laurent Leblond)

Dans l'ordre, Érienne Pilon, Catherine Allard, Guillermina Kerwin et Julie McClemens sur la scène du Théâtre du Bic. (Photo Laurent Leblond)

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Arts et spectacles à Rimouski, Québec, Canada; cinéma et télé