« Après la terre »: pis après?
Avec « Le sixième sens », Shyamalan avait frappé dans le mille, avec des images, des personnages, un scénario et une distribution très inventifs. C'était, selon moi, un « must » dans le genre.
Après, « Indestructible » que j'avais bien aimé, il s'est permis de créer « The Village » et voilà qu'il récidive avec « Après la terre », une vision apocalyptique de ce qui reste de notre belle planète, après sa destruction, déjà bien amorcée par l'Homme qui se fout éperdument de son écosystème. L'« argin », c'est le plus important.
Donc, Will Smith a eu l'idée de ce sujet, sur l'avenir humain de notre planète, en parallèle avec la relation (d'un classique à pleurer) père-fils, en une tradition américaine de l'obéissance filiale, surtout quand l'armée est dans le décor.
Stephen Gaghan (« Trafic », « Syriana », « Rules of Engagement »), Gary Whitta (« Le libre d'Éli ») et Shyamalan (« Le sixième sens » » Indestructible », « Le village ») ont construit le scénario dans une perspective de la description de notre planète après la fuite de l'homme vers un satellite fort bien construit et agréable, futuriste, parce que notre boule bleue est alors invivable, envahie par des monstres extraterrestres (on n'en sort pas) qui ressemblent étrangement à des fourmis géantes.
Donc, il faut insérer trois ingrédients: la bravoure d'un fils face à son père, le stress des aventures sur une terre inhospitalière (qu'on identifie en cours de route alors que c'est évident lors de la chute de la navette) et la résilience de cette planète pourtant massacrée à outrance et qui survit, se refait. Un peu d'espoir.
Cette longue tirade, avec des insertions stressantes... pour le jeune, paraît parfois interminable, parfois risible, parfois carrément ridicule. Comme cette longue histoire du père, le général Paige (Will Smith), attaqué par le monstre, qui pense mourir, mais qui survit, en concluant que la peur est superflue, parce que c'est le danger qui est omniprésent. Autant que ce sauvetage de jeune fils, potentiellement Ranger comme son père (joué par le fils de Will Smith, Jaden), par une espèce d'aigle, alors qu'il est presque gelé. Aigle, symbole du pouvoir américain; comprenez?
Évidemment, dans ces dédales d'aventures et de tribulations, les deux héros s'en sortent, et « Panpan (américain), il est toujours le vainqueur ».
La distribution est potable, maniérée, un peu, les deux Smith tenant assez bien le flambeau (comme dans leur collaboration précédente pour « À la recherche du bonheur »).
La qualité essentielle de cette production demeure dans ses effets spéciaux, tournés au quart de tour, précis, souvent époustouflants, imaginatifs, bien calés comme futuristes. Autant que la réalisation de Shyamalan est précise, malgré des interventions parfois longues du scénario, que le réalisateur assume, autant la prise de vues de Peter Suschitzky (« Une histoire de violence », « Star Wars: Episode 5 », « Mars attaque », « L'homme au Masque de fer ») est ajustée aux objectifs (sans mauvais jeu de mots) du réalisateur et de sa démonstration. Des plans larges et de longs travelings absolument magnifiques, même si l'ombre de la caméra apparaît parfois, lors de la course en forêt, entre autres.
Je n'en dirai pas autant de la musique de James Newton-Howard (« ER », « Indestructible », « Le sixième sens »), un habitué de Shyamalan, qui connaît l'homme et sa versatilité, mais qui, ici, a adopté un style de musique un peu « pleurnicheuse » ou carrément assommante. Il a déjà écrit mieux.
