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15 Sep

« La Maison du pêcheur », de Percé à Montréal

Publié par Laurent Leblond  - Catégories :  #« Maison du pêcheur » Cinéma Lido Rimouski

Cette « chronique historique », telle que définie dans les réseaux spécialisés, rappelle l'origine de la Cellule Chénier, à la Crise d'octobre, à partir de « La Maison du pêcheur », site mythique de Percé, hier comme aujourd'hui.

Hier, par l'histoire qui s'y est construite, aujourd'hui par le souvenir tangible que cet endroit a permis de... construire, pour la grande histoire du Québec.

La production d'Alain Chartrand, fils du flamboyant syndicaliste Michel, à qui il dédie d'ailleurs le film, est à la fois nationale et régionale, non seulement par l'endroit où ça se passe, aussi par sa maison de production, PVP Fiction, de Matane, déjà reconnue pour ses importants dossiers documentaires.

Donc, à la suite d'un texte du rimouskois Jacques Bérubé, avec l'appui du réalisateur et de Mario Bolduc, le scénario raconte l'été 1969, où les frères Paul et Jacques Rose, en compagnie de leur ami Francis Simard, débarquent à Percé, afin d'ouvrir « La Maison du pêcheur ».

Ils veulent en faire un lieu de chansons et de rencontres, pour les Gaspésiens et les visiteurs, avec le but avoué de les informer sur le développement communautaire, civique, l'avancement social, et, par la bande, sur la promotion de l'indépendance du Québec.

De partout, des jeunes viennent camper sur les lieux et le jeune Bernard, fils de pêcheur des environs, s'intéresse au groupe malgré les réticences de Geneviève, sa fiancée.

Ce qui devait arriver se produit, alors que les autorités, le propriétaire d'un camping voisin en tête, veulent évincer les trois « révolutionnaires », membres du RIN. Ce qui radicalise ces jeunes, provoquant une brisure et leur choix d'aller plus loin que la revendication... moins pacifique.

La Cellule Chénier naît et la Crise d'octobre est en route. Vers les conséquence que l'on sait, en 1970.

Si le public accueille « La Maison du pêcheur » avec enthousiasme, si la critique est plutôt partagée, alors que le film a été présentée en primeur au Festival des films du monde de Montréal, la réaction dans la salle du Lido Rimouski, vendredi soir, a été spontanée, par des applaudissements nourris au terme de la présentation.

Le fait est que « La Maison du pêcheur » ravive, si l'on peut dire, des souvenirs pour les plus vieux, illustre une partie de l'histoire québécoise, pour les plus jeunes. La démonstration est vive, partant de l'arrestation de membres de la Cellule Chénier, pour raconter, en noir et blanc, la genèse de cette création révolutionnaire.

Dès le départ, cette formule de ramener le noir et blanc, une technique de moins en moins utilisée, surtout au moment de la technique tridimensionnelle, informatique, donne un cachet particulier à l'illustration d'un mouvement « libérateur ». L'idée d'Alain Chartrand est intéressante, d'autant que son directeur photo, Pierre Mignot, un spécialiste québécois reconnu en la matière dans le monde, décrit Percé et son environnement avec une vérité qui ne cesse jamais d'impressionner.

L'environnement physique de Percé, au large comme au sol, est très subtilement amené, sur des images qui sortent de la routine, du fleuve ou du sol. Cette façon donne déjà une dimension très précise à cette histoire vraie, avec quelques ajouts dramatiques pour appuyer la démonstration (c'est bien précisé au début de la projection).

Dans cet environnement à la fois magnifique et désolant, par sa pauvreté, les trois jeunes Montréalais arrivent comme des sauveurs, des « connais-tout » (c'est un peu agaçant dans la démonstration), retrouvent le jeune fils de pêcheur qui, par la force des choses, devient leur allier. Malgré sa blonde, mais en appui de son père (très belle séquence).

Mikhail Ahooja joue ainsi un Bernard Lortie très juste, étonnant même, par sa façon d'argumenter et de justifier ses gestes. Les trois Montréalais, proposés par Vincent-Guillaume Otis, Charles-Alexandre Dubé et Benoît Langlais, démontrent fort bien la justesse, si je puis dire, de la revendication, malgré cette arrogance qui dérange parfois dans ce film.

En ce qui concerne Luc Picard, en un homme d'affaires concerné et un fort conseiller municipal, il semble s'amuser royalement dans ce jeu provocateur et quelque peu borné, déclencheur de bien des « bagarres », alors que le maire (Raymond Bouchard) demeure inflexible et « bien plogué » et que Kevin Parent livre un pêcheur à tout faire à la hauteur de son talent.

Enfin, Geneviève (Geneviève Boivin-Roussy), amoureuse de Bernard, apporte la dimension « du lien dramatique à l'histoire vraie» avec une belle assurance, autour de ses collègues du restaurant, aux aspirations syndicales, contre un propriétaire plutôt d'époque (il y en a encore aujourd'hui), justement proposé par Nicolas Canuel. On y retrouve aussi des comédiens d'ici, dont Jean-Pierre Bérubé.

L'expression des aspirations d'hier, qui rejoignent assez logiquement celles d'aujourd'hui, parce que pas toujours accomplies, fait de ce film une tranche d'histoire nécessaire à découvrir ou à se souvenir. Même si la façon aurait mérité un peu plus de rigueur à la démonstration, parfois disparate, parce qu'éparpillée. La démonstration de base demeure très intéressante, sur une musique, de Michel Cusson, qui ne casse rien. Sans être inutile. Juste là.

Luc Picard joue un propriétaire de camping, opposé aux jeunes « révolutionnaires », avec conviction. (Photo: courtoisie Les Films Sévilles)

Luc Picard joue un propriétaire de camping, opposé aux jeunes « révolutionnaires », avec conviction. (Photo: courtoisie Les Films Sévilles)

Les images de Pierre Mignot demeurent un bel atout de cette production. (Photo: courtoisie Les Films Séville)

Les images de Pierre Mignot demeurent un bel atout de cette production. (Photo: courtoisie Les Films Séville)

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À propos

Arts et spectacles à Rimouski, Québec, Canada; cinéma et télé