L'amour de Stéphane Tétreault pour la musique et son violoncelle
En principe, tous les musiciens doivent aimer la musique pour en jouer et s'y sentir à l'aise, en pleine communication avec l'instrument choisi.
Le jeune Stéphane Tétreault (20 ans), gagnant d'une bourse de 50 000 $ de la Fondation Fernand-Lindsay, fondateur du Festival de Lanaudière (comme je l'ai annoncé précédemment), violoncelliste invité de l'OSE, samedi, a démontré une assurance, une connaissance de son instrument absolument impeccables, en plus « d'être au diapason », c'est le cas de le dire, de cet instrument à cordes, très noble, très profond et très « malléable », dans le sens inné du son requis, apporté par le musicien.
Il y a plus que ça. Stéphane Tétreault vit une passion avec son instrument, une passion indéfinissable, colorée, parfois brute, souvent tendre, avec cette assurance, justement, qu'il se donne, qu'il lui donne, d'une certaine façon, pour une confiance indiscutable en la valeur de son violoncelle et en ses talents, à lui, qu'il travaille encore et toujours avec une constance manifeste et fort agréable, convaincante à écouter, à savourer.
Il y a là une complicité qui dépasse la technique brute et la force du jeune musicien. Il entre en scène et le porte comme si c'était un complice en qui il croit, et dès les premières notes, le charme et la vigueur complices éclatent.
Après le concert, en le félicitant, je me suis permis de lui demander (pour savoir) si l'instrument, très penché selon moi, devait être ainsi à l'exécution. En me remerciant de mon commentaire positif (pouvais pas dire autre chose), il me répond que c'est ainsi que son violoncelle l'attend, si je puis dire, et qu'il travaille avec lui.
Deux inséparables, qui ont livré un concert remarquable avec les « Variations sur un thème Rococo op. 33 » de Tchaikovsky, qui a écrit cette œuvre entre décembre 1876 et mars 1877, très satisfait de la partition, « n'hésitant pas à dire que c'était sans doute une des plus réussies de sa carrière ».
Stéphane Tétreault, en pleine possession de ses moyens et de son instrument, a donné là une prestation qui lui fait honneur et à la qualité de cette composition, très solide de ce compositeur russe qui adorait Mozart et la musique de l'époque classique.
Les sept Variations, après le thème, apportent des « soumissions » fort impressionnantes, autant au soliste qu'aux musiciens de l'OSE, toujours à la mesure nette et précise. Particulièrement à la septième, qui demande beaucoup de maîtrise technique et musicale du violoncelliste, et des membres de l'orchestre, dont le flûtiste, avec une finale enlevante et très rapide.
De plus, à la séquence rapides, des notes en crescendo et en decrescendo, d'une justesse et d'une ambiance éclatantes.
Cette portion du concert a enchanté, avec raison, l'assistance d'une salle assez bien remplie et très réceptive.
En début de la première partie, les musiciens de l'Orchestre symphonique de l'Estuaire ont proposé l'« Ouverture D591 opus 170 en do majeur » de Franz Schubert, « à la manière italienne », que l'auteur appréciait beaucoup. Prestation bien attendue et bien comprise.
En seconde partie, la magnifique « Symphonie no 41 en do majeur » de Mozart, dite « Jupiter », l'une des symphonies les plus connues de ce compositeur, qui l'a écrite en juillet-août 1788, la complétant le 10 août 1788. Son surnom n'est pas de lui, mais de l'organisateur de concerts Johann Peter Salomon. C'est ce qu'on prétend.
Quatre mouvements d'une franchise étonnante, pour tous les musiciens de l'orchestre, qui s'en tirent très bien, même si la seconde tranche du quatrième a démarré de façon un peu hésitante, solidement rattrapée par la suite, pour une finale de belle envergure, pas nécessairement facile sur cette coda-fugue aux quatre thèmes.
Comme d'habitude, l'OSE a répondu « présente » avec ses musiciens, qui comptent des changements, aux cordes entre autres (trois contrebasses et plus de violoncelles), dont l'ensemble demeure une solide proposition de musiques de plus en plus « interrogeantes » pour ces artistes de chez nous, qui relèvent brillamment le défi.
Le concert a rappelé le 150e anniversaire du Séminaire de Rimouski et la collaboration de Desjardins Rimouski, depuis la fondation de l'orchestre.
Le chef, Luc Chaput, toujours en verve et juste dans ses prestations, a rappelé que le dernier concert de l'OSE, le 26 avril 2014, permettra d'entendre deux lauréats du concours de l'Orchestre, Antoine Skelling, violoncelliste, et Annie Chabot, violoniste, membres de l'Orchestre des jeunes du Québec Maritime.
Le prochain concert cet orchestre a lieu le 1er février, avec, comme soliste, l'hautboïste mont-jolien Vincent Boiland, en plus de la présentation de la Troisième Symphonie de Beethoven, complétant ainsi la bouche symphonique sur ce grand compositeur par l'OSE.
Le soliste Stéphane Tétreault, très applaudi au terme de sa magnifique prestation. (Photo Laurent Leblond)

