« Le seul survivant »: ce film prend parfois aux tripes
Premier constat: voilà une production américaine qui ne se prend pas pour la grande ferveur des States et des super héros de tout acabit. Second constat: les comédiens y proposent une gestion solide et prenante de soldats qui ont des ordres et une intelligence.
Il s'agit de « Le seul survivant », dont plusieurs séquences sont presque insupportables, parce proposées avec le minimum de surplus électroniques mais le maximum de difficultés physiques et morales. Et ça se regarde avec une émotion qu'on ne peut écarter, qui doit brancher sur la force de son âme et de sa rigueur émotive.
Même si quelques séquences d'avant cet affrontement interminable (dans le sens guerrier et émotif du terme) auraient dû être moins élaborées, sinon carrément oubliées (l'initiation du jeune cadet par exemple), la description de ce moment de la guerre en Afghanistan (les Canadiens y sont encore aussi) est « claire », même précise, visant un chef taliban pas très respectable, mais démontré avec une retenue qui ne ressemble habituellement pas à une morale dite américaine (et même canadienne).
De ce point de vue, la réalisation et l'adaptation de Peter Berg (« Bataille Navale », « Friday Night Lights »), à partir du livre Marcus Luttrell (le seul survivant en fait) et de Patrick Robinson, demeurent une approche très juste et profondément logique.
Et le jeu des comédiens est de la même eau Mark Wahlberg ne devenant pas une vedette plus que les autres, membres de cette formation des « Navy Seals », branchés sur une opération spéciale en un enfroit perdu de l'Afghanistan en guerre. Ben Foster, Taylor Kitsch, Eric Bana, Alexander Ludwig et Emile Hirsch demeurent tous des soldats américains, aux vedettes égales, branchés sur cette mission contre un chef taliban à abattre, avant qu'il ne tue plusieurs autres soldats américains. C'aurait pu être d'autres combattants de la coalition.
Cette délicate opération militaire se complique à l'arrivée d'un petit groupe de montagnards, faits prisonniers, mais qu'on libère après de longues délibérations sur le droit de se charger de ces prisonniers. Les quatre soldats battent en retraite, poursuivis par les talibans. Il ne reste qu'un Américain réfugié dabs un village afghan qui défend l'« invité », coûte que coûte.
Ça fait partie de leurs obligations millénaires. Chacun sa façon de respecter les hommes. Mais des combattants afghans surgissent de tous les côtés, au village, sauvé par une attaque américaine.
Et, à la fin de la production, avant le générique, les combattants sont présentés en vrai (parce que c'est construit à partir d'une histoire authentique), comme les villageois afghans sauveteurs de l'Américain, assez magané merci.
Le film est d'abord et avant tout une production « guerrière », dans toute la description du terme, sans tireurs d'élite, sans héros à tout crin, mais avec des soldats des deux bords, qui défendent leurs croyances personnelles et patriotiques.
Peter Berg, aussi comédien, a dirigé son équipe avec doigté et assurance, laissant ses hommes avec leur façon de jouer, sous des indications nécessaires, mais logiques. Cette tactique donne un film efficace, fort en sursauts et surprises, bien affublés, sans exagérations, avec des séquences qui demandent parfois beaucoup d'audace et de la constance. Toujours logique, encore, en images comme en interprétation.
À cette formule applicable autant aux prises de vue, de Tobias A. Schliessler ) (« Hancock », Bataille navale », « Pelhan 123 »), dans une approche qui s'implique à la logique de l'ensemble, alors que la musique d'Explosion in the sky (« The Cerf Volant of Kaboul ») et de Steve Jablonsky (« Transformers ») respecte la donne, en étant d'une discrétion efficace dans l'ensemble.
C'est une production de guerre, illustrée avec une logique et une façon d'un réel parfois étonnant, mais toujours, ou presque, en un respect du vécu de ce soldat assigné à une mission et dont le vécu dépasse ce « naturel » de la chose.
