Vic Vogel: comme un chant du cygne à Rimouski
Le grand du jazz québécois, Vic Vogel, a terminé la 28e édition du Festi Jazz international de Rimouski en apothéose, avec son big band, en grande forme et impros, dimanche, à Desjardins-Telus.
C'est un secret pour personne, Vic Vogel est très malade et est affaibli. Sur scène, demeurant au piano et plus souvent assis, il n'en a pas moins dirigé son band avec sa vigueur habituelle, son élan jazzique marquant et solide, pour apporter plusieurs de ses compositions, issues d'une carrière de plus de 65 ans.
Ses musiciens, les plus importants du jazz québécois, même canadien, ont magnifiquement répondu à l'appel, sur des arrangements souvent étonnants, pour des standards (il y en a eu quelques-uns), et ses compositions, datant de plusieurs années, dont une fort jolie dédiée à sa fille qui a aujourd'hui 40 ans. Manifestement nostalgique, Vic Vogel a répété à plusieurs reprises « que le temps passe trop vite ».
Le concert, rappelons-le, a été capté pour un DVD et un CD, alors que Vic Vogel, sur son compte Facebook, annonce sa biographie pour l'automne, œuvre de Marie Desjardins. La présence des caméras et de l'équipe technique a été discrète, tout en étant très efficace.
De fait, il y avait une atmosphère de respect comme d'esprit de belles retrouvailles, pour ce band, qui a lancé avec Vogel le Festi Jazz en 1986, qui y est revenu à au moins deux reprises, et pour lequel les Rimouskois ont une affection toute particulière, presque religieuse.
Dimanche, c'était d'une évidence flagrante, avec la présence de plusieurs invités habituels, et « anciens » de la fête, comme de plusieurs jeunes, aussi enthousiastes les uns que les autres. Et Vic Vogel comme ses musiciens étaient manifestement heureux et en forme pour cette prestation, qui demeure mémorable à plus d'un point de vue.
Les saxos demeurent à l'honneur par des solos de grandes qualités (Alex Côté, éblouissant, comme André Leroux ou Dave Turner, entre autres), Ron Di Laura à la trompette ou Dave Grott au trombone. Sans oublier Richard Erwin à la batterie, incisif, parfois envahissant, au solo imaginatif quand même. Par contre, le contrebassiste, nouveau membre du band à ce que je constate, était un peu discret, tout en supporter le rythme avec une solide assurance.
La « Suite » de Vic Vogel, sous la direction de Di Lauro, n'a pas manqué de panache, autant que l'hommage aux Africains pour « African Sunrise », où les deux trompettistes solistes n'ont pas nécessairement fait preuve d'une constante inspiration. D'ailleurs, le « boss » n'a pas manqué de le signaler.
La pièce composée pour le mémorable « Cootie » Williams, trompettiste légendaire de Duke Ellington, a permis un solide solo du tromboniste de service, comme « A Nignt in Tunisia » de Dizzy Gillespie (« Très long, mais bon », dira Vogel) a permis au band de faire preuve d'esprit de discipline et d'inventivité, toutes les sections étant à l'appel au bon moment. Sans oublier les solistes.
Enfin, la soirée a pris fin avec une version très personnelle de Vic Vogel, sur « What a Wonderful World » de Louis Armstrong, le pianiste étant encore très assuré et ses musiciens en accord total.
Ce superbe concert marque probablement la dernière prestation du big band de Vic Vogel en terre rimouskoise et bas-laurentienne. Un grand moment de musique et de complicité, avec un festival qui n'a jamais manqué d'inviter ce grand musicien et compositeur à plusieurs reprises.
Pour ma part, je réclamais depuis longtemps cet important retour chez nous. J'en suis très heureux. Si mon âge m'a rattrapé après cinq soirs de « jazz bien serré », le récital de Vogel et de son band m'a ragaillardi pour un bon bout de temps... jazz.
