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10 Oct

« Gravity », sa grandeur et ses limites

Publié par Laurent Leblond  - Catégories :  #« Gravity » cinéma Lido Rimouski

La beauté de « Gravity » dépasse les images impressionnantes et la vision très personnelle et révélatrice du réalisateur, sur cette terre qui nous abrite et l'immensité de l'univers, sa couleur à la fois rassurante et inquiétante.

En ce qui me concerne, au-delà de la magnifique illustration de l'environnement spatial et de la terre vue d'« en haut », le constat précis de cette magnifique production d'Alfonso Cuaron demeure dans l'espoir du réalisateur mexicain dans la réappropriation de cette terre, qu'on magane à qui mieux mieux, comme si elle est la nôtre, en possession entière, alors qu'elle nous est « prêtée » le temps d'une vie, à accomplir.

La séquence finale, alors que Sandra Bullock, excellente dans ce rôle d'une scientifique efficace, mais humaniste, au fond des choses, retrouve le sol, le sable chaud d'une île quelconque, après ce retour significatif vers le sol, vers sa solidité, malgré les sévices que lui font les hommes, dévoile toute la signification de cette aventure extraterrestre. Le mot le dit, hors de la terre, mais pas loin.

Que la scientifique soit heureuse de retrouver la bonne vieille terre, son environnement, pour sortir de cette eau accueillante, protectrice, qui amortit la chute, mais origine de la vie, pour risquer ces quelques pas, timides, après l'apesanteur, demeure un témoignage indiscutable de ce réalisateur philosophe sur la nécessité de respecter cette terre d'accueil, prêtée par l'univers, pour accomplir son destin au-delà de la vie, pour le bien de l'Humanité, sur cette terre qu'on essaie, parfois par des moyens outranciers, d'adapter au développement de l'intelligence humaine. C'est l'évolution, en somme.

Cette découverte philosophique fait découvrir une vérité fondamentale. La terre a ses limites, l'univers non. « Gravity », terme au sens multiple ici, l'affirme avec une belle puissance, des images incontournables, une technique et une visualisation, une imagination, recherchées, critiques même, dans un espace où c'est le vide, sans vie (vraiment?), froid, inhospitalier, qu'on apprivoise à la source et à la dure.

Sandra Bullock porte la démonstration sur ses épaules, sur une approche que je qualifierais de presque minimaliste, « terriblement » efficace, en un environnement qui ne pardonne rien. George Clooney, en chef de mission rompu à cette aventure qui lui permettra de battre des records (l'allégorie au dépassement scientifique est assez claire), procure une prestation fort précise, dans l'esprit de ce scientifique, sûr de lui, conscient de ce qui l'attend en fin de course.

Les deux comédiens demeurent en fait seuls dans cet univers hostile, mais rempli de découvertes encore vierges malgré tout, en appui de scientifiques et d'experts, dont on entend les voix (dont celle d'Ed Harris, comédien que j'ai principalement adoré dans « Apollo 13 »), contact acquis et limité entre les hommes, en cette périphérie « cosmique » de la terre.

De fait, je préfère et de loin la version originale, où la postsynchro, bellement québécoise, ne peut livrer toutes les dimensions de ces dialogues restreints, parfois futiles (c'est une façon d'évacuer la peur), mais très efficaces dans leurs limites. Essentielles.

Tout a été et sera dit sur la démonstration visuelle et technique de « Gravity », une réussite totale, impressionnante sous tous les titres, d'une précision remarquable, étonnante, envahissante même, recherchée dans le bon sens du terme. Aucun détail n'échappe à cette équipe qui a travaillé avec une honnêteté qu'il faut signaler.

La précision proposée par Cuaron fait honneur à ce réalisateur qui a été à la direction de « Le fils de l'homme » (film marquant) et d'un Harry Potter, qu'on qualifie de meilleur de la série.

En cela, il est appuyé par une distribution que je qualifierais de constante, une équipe technique assurée et assumée, un texte, de lui et de son frère Jonas, qui recherche plus la vérité essentielle que la sensation, dans une démonstration qui a ses influx techniques, pour une utilisation sensée et logique du 3-D, et sa description humanitaire, terrestre à la base. C'est peut-être court comme explication, mais c'est vrai. Dans le sens profond du terme.

Ce qui permet de tenir compte de la direction photos d'Emmanuel Lubezki (« Le fils de l'homme », « L'arbre de vie », « Sleepy Hollow »), respectueuse de la donne avec une acuité qu'on ne peut qualifier que de « mémorable » dans un environnement magnifiquement dessiné, dans sa rigueur et son « vide ».

La musique de Steven Price « Le Seigneur des anneaux », « Batman: le commencement ») est un peu moins réussie à mon avis, inutilement tonitruante à quelques temps forts (apparitions des astronautes sans vie entre autres), qui se suffisent amplement à eux mêmes.

« Gravity » demeure un film phare dans cette description de l'effort de l'homme de dépasser ses limites, physiques comme scientifiques, de cette terre qui demeurera toujours une « terre d'accueil », même si on lui fait passer de mauvais quarts d'heure, et de la conscience d'être humain... dans la suite de ce monde qui a ses limites et sa superbe grandeur.

Sandra Bullock et Goerge Clooney proposent les deux astronautes avec une belle précision. (Photo: courtoisie Warner Bros)

Sandra Bullock et Goerge Clooney proposent les deux astronautes avec une belle précision. (Photo: courtoisie Warner Bros)

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Arts et spectacles à Rimouski, Québec, Canada; cinéma et télé