« Jasmine French » et le destin des femmes d'aujourd'hui, selon Woody Allen
Woody Allen adore parler des femmes. Depuis longtemps. Hier, c'était tout aussi évident dans l'un de ses meilleurs films, « Manhattan », proposé en noir et blanc au moment de l'éclat des couleurs au cinéma, vantant New York comme une femme, ou des femmes, qui y vivent. Il a toujours adoré cette ville.
« Jasmine French » est le dernier opus cinématographique de cet humoriste, écrivain et réalisateur; autre film qui définit dès le début le style de ce cinéaste, adepte des mots et de l'humour souvent bellement... cru.
Et savez-vous ce qui m'a capté dès le début de la projection? La musique, évidemment jazz, parce qu'Allen est aussi un clarinettiste jazz dans un combo, qui joue partout aux States. Il a même été invité au Festival international de jazz de Montréal.
Ce n'est pas un grand clarinettiste. Il se défend bien, mais tombe à bout de souffle. Par contre, son choix musical d'illustrations de son propos cinématographique, dès le superbe « Blue Moon » de Rodgers et Hart (qui ressemble étrangement à la version de Teddy Wilson), détermine son esprit et son caractère du propos. La suite de la trame sonore demeure dans cet esprit, alors que Woody Allen raconte l'histoire d'une femme, mariée à un homme d'affaires véreux, dans le New York de cette décadence économique et « bandite » (Allen ne le mentionne pas, mais c'est évident), pour aboutir chez sa sœur, complètement lessivée et dépressive, soutenue au Prozac, qu'elle consomme à l'allure d'une « brosse », alcool aidant au même rythme.
En plus des réparties souvent tordantes, de ses allusions précises aux difficultés que vivent les femmes de tout temps (je vous dirais que la version « Girls » de la télé rejoint cette définition), autant riches, habillées et argentées de bijoux, que sous le seuil de la pauvreté, démunies, au travail minable, abandonnées par leurs « hommes », ou, encore pire, exploitées à fond.
Allen adore les femmes. Oui. Ses aventures personnelles le prouvent. Son cinéma aussi. Avec « Jasmine French », il emploie la route de l'abus et des joies déçues, des femmes et de leurs souhaits. Tout en précisant que le mensonge n'a pas... de sexe.
Parlant sexe, voir un film de Woody Allen, c'est aussi se faire servir quelques vérités sur la chose, cette fois dans la précision des désirs communs. De façon que je qualifierais de « subtile ». On n'est plus au moment de « Tout ce que vous voulez savoir sur le sexe et que vous n'avez jamais oser demander ». La preuve est faite.
Bon. Il est temps de parler de la texture dramatique, très claire et subtile à la fois, servie avec un bonheur total par Cate Blanchett, cette Jasmine (le titre anglais du film est « Blue Jasmine »), femme déchue de sa fortune et de son rang de la haute, névrosée (peu de personnages d'Allen ne sont pas peu ou beaucoup névrosés), qui se réfugie chez sa sœur, à San Francisco, qu'elle considère comme paumée et mal lunée en amour.
Cette recherche d'identité, avec ces flashes back très subtils, amenés avec classe par le réalisateur, comme d'amour et de retrouver « son passé », décrit également les tares de la « haute » comme les contraintes de la vie de tous les jours, en deux grandes villes très agitées des États-Unis.
Cette agitation passe évidemment par les dialogues verbomoteurs du scénario, proposées par des comédiens efficaces, dont une Cate Blanchett magnifique, toute en nuances, en séquences profondément bien construites et toujours à-propos. L'humour comme la vérité crue sont bien dosés et Woody Allen, qui produit un film par année ces temps-ci (il est en train de tourner « Magic In The Moon » en France), demeure encore en pleine possession de ses moyens artistiques, même septuagénaire avancé. Cette comédienne pourrait y trouver une nomination aux Oscars. Selon plusieurs observateurs. Les autres complices du jeu demeurent dans le ton, excellents.
Et je reconnais aussi la coutume de Woody Allen de travailler avec des équipes cosmopolites, son excellent directeur photo, l'espagnol Javier Aguirresarobe (« Les autres », «Vicky, Christina, Barcelona », « Parler avec elle »), donnant une couleur explicite aux deux villes américaines, New York et San Francisco, comme aux sentiments des personnages (superbes plans moyens, entre autres).
Quant à la musique, j'ai déjà exprimé ce que j'en pensais. Choix intelligent, pas surprenant chez Woody Allen.
Extrait vidéo: http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=oSGZHmciEmw#t=15
Cote: quatre sur cinq.

