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24 Oct

Suzie Arioli dans le pur standard... du beau lounge

Publié par Laurent Leblond  - Catégories :  #Susie Arioli Spect'art-Rimouski

« All The Way » est le titre de son plus récent album de Suzie Arioli, acclamé par le public et les critiques.

En une grande salle, assez bien remplie à Desjardins-Telus, mercredi, c'était un spectacle correct, aux standards bien huilés, cadrés au quant de tour. Inspiré? Oui, dans la norme d'un show lounge, accueillant. C'est tout. Décevant pour ceux qui attendaient plus d'intensités jazz.

C'est aussi le genre de spectacle qui n'inspire pas nécessairement au jazz, aux improvisations, aux envolées musicales des musiciens d'appui, surtout quand la soliste fait dans la rigueur du moment. Les « sidemen » portent alors leurs vrais noms.

Remarquez qu'en une salle plus petite, c'aurait été le même problème. On l'a vécu avec Émilie Claire Barlow, au dernier Festi Jazz. Musiciens accomplis, mais encadrés dans un carcan rigide et excluant les interventions personnelles sur le thème.

Mercredi, en première partie, ce fut d'une rigueur presque désolante, avec des musiciens embrigadés dans un set up musical décidé à l'avance, sans espace pour une dérogation quelconque. Même les solos (prévus) avaient un air de répétition, mettant le saxophoniste mal à l'aise, au point qu'il a glissé un chorus ou eux de travers dans une « improvisation », et que le guitariste, sûr de lui même et chef de l'orchestre, a imaginé des blows structurés à la note près. Pour un show de qualité standard, oui. Quant au jazz... c'était ampoulé au max. Pour les amateurs, qui s'attendaient à plus.

C'est ainsi qu'on a pu entre autres entendre « What A Différence A Day Make » en une signature arrangée comme il se doit, mais, autant que « Here's To The Losers », qui aurait mérité un swing plus percutant. Il y avait une source de pouvoir imaginatif, isolé dans un cocon rigide. Aucune étincelle. Bon show. Bon jazz? Pantoute.

Le quartet, des musiciens talentueux, était embrigadé dans un style rigide. Faut-il le répéter, en un mot autant qu'en mille. Autant c'est un show de lounge, à écouter en jasant lentement avec un verre, autant les éclats jazz ont été laissés au vestiaire, même pour « Come Rain or Come Shine » ou « When Your Lover Has Gone » ou «Time After Time » ou « My Funny Valentine ». Et avez-vous reconnu « Looking For A Boy », que Pierre Lalonde chantait en français, en ouverture de « Jeunesse d'aujourd'hui » et dont la version big band de Les Elgart est pas mal plus « swingnante »?

En début de second partie, Suzie Arioli a repris du service avec son habituelle caisse claire et ses balais, pour entonner d'autres standards, entre autres en hommage à Sinatra ou à Chet Baker.

« I Fall In Love Too Easily », ou « Pennys From Heaven », que Frank Sinatra chantait avec tellement de vigueur émotive, ont été alors rendus là comme un standard... standard, alors que le trio (guitare, caisse claire et contrebasse) se mettait au parfum.

Alors, pour « Je bois » de Boris Vian, « All The Way », la chanson thème du dernier album, ou « Me, Myself and I » en rappel à Billy Holliday, les musiciens ont eu la permission de « blower » un plus plus librement, particulièrement le saxo et le contrebassiste, alors que le guitariste s'est permis quelques belles aventures musicales. Mais, on était en fin de show...

Avec « Honeysuckle Rose » et « Beyond The Sea » (« La Mer » de Trenet), le rappel des standards des années d'hier a été livré en une texture classique, quelque plus inspirée, mais jouée avec une belle élégance... classique.

Le guitariste Jonathan Éthier a démontré un beau talent et un esprit inventif, quand il en a eu la permission, comme Al Maclean, au saxophone, manifestement mal à l'aise en première partie, s'en est bien risqué en seconde. Le contrebassiste Bill Gossage semblait limité à son rythme, risquant une petite impro en seconde partie, alors que le batteur Tony Albino a tenu le coup. C'est tout ce que je peux en dire.

Susie Arioli était manifestement plus à l'aise, émouvante parfois, à la voix juste et nette. Mais, c'était elle la boss! Si elle avait laissé un peu plus de « corde » à ses quatre musiciens, le résultat aurait été très différent et elle aurait autant gagné en interprétation et en... jazz spontané.

Et, savez-bous quoi? « All The Way », l'album, a remporté deux Félix, cette semaine, celui de l'Album de l'année-Jazz Interprétation autres langues, et celui de la meilleure prise de son.

Rappelons que Susie Arioli s'envole pour la France, afin d'y présenter une série de cinq spectacles au mythique Sunset Jazz Clubde Paris, ainsi qu'au festival Jazz en Touraine, avant les Fêtes. Elle poursuivra ensuite sa tournée québécoise au retour, comme en Ontario et aux États-Unis.

Suzie Arioli et son quartet, à la salle Desjardins-Telus, mercredi. (Photo: Laurent Leblond)

Suzie Arioli et son quartet, à la salle Desjardins-Telus, mercredi. (Photo: Laurent Leblond)

La soliste et sa caisse claire, en trio. (Photo: Laurent Leblond)

La soliste et sa caisse claire, en trio. (Photo: Laurent Leblond)

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Arts et spectacles à Rimouski, Québec, Canada; cinéma et télé