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30 Aug

Emilie-Claire Barlow: show élégant, un peu « lounge »

Publié par Laurent Leblond  - Catégories :  #Emilie-Claire Barlow Fedti Jazz Rimouski

Le spectacle était à guichets fermés, jeudi, au Cabaret Espace Scène de la salle Desjardins-Telus. Emilie-Claire Barlow est apparue, toute menue, très jolie, assurée, avec ses quatre musiciens, pour un départ un peu classique d'une chanteuse pourtant en pleine possession de ses moyens, mais un peu limitée dans ses mouvements, si je puis dire, par la force du style imposé. Le démarrage a mis un certain temps.

Je m'y attendais, même si j'ai beaucoup aimé son incursion au français avec son album.

Cette interprète, aussi arrangeuse, fait dans le « crooner féminin », dont le dernier disque, « Seule ce soir », propose une version revisitée de classiques français et québécois, fort bien stylés, en pleine connaissance de la version (elle avait un coach francophone qui lui a expliqué le sens précis de chacune des mélodies choisies), selon une façon qui ne manque pas de rigueur. Au show, la souplesse viendra plus tard.

Comme le français n'est pas sa langue première, mais seconde (c'était évident à ses présentations parfois quelque peu laborieuses en français, entre les pièces; mais l'effort est très honnête), l'apport de ses interprétations en langue de Molière demeure dans ce qu'on peut appeler du standard de base, sans trop déroger de l'arrangement original, souvent inventif par contre. Elle a même eu quelque difficulté avec sa mémoire, entre autres au démarrage de la première chanson francophone, « Des croissants de soleil ».

Par ailleurs, elle est accompagnée par de bons musiciens, un peu retenus par la formule, mais accompagnateurs constants.

Le guitariste Reg Schwager, agréable à écouter, à l'éclat un peu linéaire, n'a pas raté ses approches, alors que le contrebassiste Ross MacIntyre (avec qui la chanteuse a étudié au secondaire à Toronto et formé son premier band jazz), très docile, a pourtant été fort agressif, dans le bon sens du terme, à l'occasion de son appui au solo, en début de course, et au « The Beat Is On », très incisif, sans oublier « It Don't Mean a Thing », où, enfin, la soliste s'est laissée aller à un scat vigoureux et enlevant, sortant alors de cette « rigueur » limitatrice.

C'est son batteur DiRenzo qui lui avait alors donné le cue avec incision, après un solo plutôt conventionnel, très « lounge », justement, si vous voulez mon avis, alors que le saxophoniste ténor, Kelly Jefferson, très bon élève, a suivi la mesure avec une constance louable, se permettant des solos bien ajustés au style. Point à la ligne.

Ai-je aimé? Oui. Tout en me rappelant que cette artiste accomplit de beaux efforts de renouvellement d'un certain style, qui n'est pas toujours rigoureusement jazz. Je ne pense pas être trop puriste. D'autant que le Festi Jazz permet d'accéder à tous les styles de la note bleue. Mais, je demeure honnête dans mon évaluation. Et ce spectacle a trop souvent oscillé entre la retenue, pourtant intelligente, et le « lâcher fou », si agréable en jazz, arrivé un peu tard, en fin de course.

Quand j'ai reconnu « Raindrops is Falling On My Head », c'était dans la norme autant que bien amené. Entre autres standards. Aux approches francophones, quelques belles innovations, de « Quand le soleil dit bonjour aux montagnes » à « T'es pas un autre », sans oublier « Petit matin » ou « Ces bottes sont faites pour marcher » ou « La plus belle pour aller danser ».

Au déroulement du spectacle, j'ai espéré souvent une « dérogation spontanée » au compte de l'inspiration du moment. Ce fut pas mal plus réel au scat, amusant et surtout détendu, de la fin. C'était, justement, en fin de course, pourtant ovationnée par un public manifestement conquis.

Emilie-Claire Barlow est une interprète nuancée, inspirée, audacieuse, et c'était évident, ce jeudi soir. Mais, elle s'impose autant un style qui exige une rigueur souvent débilitante en « jazz libre » si je puis dire, pour sauver une définition de cette expression de la « tendresse ». C'est vrai et réel. Mais, elle passe aussi par l'humour et la « délinquance », trop souvent encarcannés dans cette mesure.

De toute évidence, cette démonstration était rigoureusement encadrée. Ce qui a limité une certaine spontanéité, si essentielle au jazz.

Le style mérite tout de même d'être connu.

Emilie-Claire Barlow porte une belle présence sur scène. (Photo tirée de sa page Facebook)

Emilie-Claire Barlow porte une belle présence sur scène. (Photo tirée de sa page Facebook)

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À propos

Arts et spectacles à Rimouski, Québec, Canada; cinéma et télé