Un « Transit » bien de son temps
Le second album de l'Émie R.-Roussel Trio. « Transit » fait déjà parler de lui, autant par la critique que par les amateurs. En bien.
Enregistré au Studio de l'Anse de Sainte-Luce, en août, octobre et décembre 2012, sous la direction artistique de Steeve Saint-Pierre, réalisé par le Trio et Martin Roussel, l'opus compte huit plages, toutes écrites et harmonisées par la jeune pianiste, Émie R.-Roussel, et interprétées par l'auteure, le contrebassiste Nicolas Bédard et le batteur Domicic Cloutier.
En plus, sur cinq pistes, le Quatuor Saint-Germain (Élise Lavoie et Hugues Laforte-Bouchard aux violons, Steeve Saint-Pierre à l'alto et James Darling au violoncelle) accompagne le trio, en plus de la percussionniste Julie Quimper, aux plages 1, 3 et 6.
Ces insertions donnent une couleur très particulière à l'album, d'autant que la pianiste ne manque pas de faire preuve de rappels contemporains d'autres pianistes jazz qui aiment bien ajouter des cardes à leur arc, dont Yaron Herman.
Dès « La timbale et la fourmi », l'accent est de mise et indique une formule mélodique qui ne manque pas de panache, avec un accompagnement rythmique bien ajusté et surtout intégré au Quatuor avec une solide élégance. Le trio n'est pas déphasé. Au contraire, il demeure une entité tout autant logique, dans cet appui supplémentaire, si je puis dire, parce que la compositrice et l'harmonisatrice maîtrise déjà fort bien la formule du trio.
« When School's Out » confirme la donne, avec un solo de bon aloi du contrebassiste et une approche très directe de la pianiste, supportés par un batteur qui ne manque pas de précision. À « L'attente du chat », c'est une sorte de confidence de l'auteure, en compagnie du Quatuor et de la percussionniste, rappelant son amour et sa passion pour ce félin. C'est palpable. Solo intelligent de Bédard et description émotive d'Émie R.-Roussel, sous la pulsion des cordes. Batteur quelque peu « violent » dans les circonstances. La percussionniste Julie Quimper est juste et discrète.
J'aime particulièrement « Poker Fake », où les trois musiciens sont homogènes et surtout ajustés à la rythmique, la thématique étant fort originale. Cette fois, le batteur est d'une présence essentielle et le contrebassiste ajuste le ton, les couleurs rythmiques de belle nature. Les impros sont lumineuses et le tout est livré avec une élanque je qualifierais de communicatif, chaque solo étant d'une acuité très subtile.
Par « Chronos », le combo attire l'attention encore par son homogénéité et sa force harmonique, dans une élégante conversation musicale, dont un fort élégant solo de Nicolas Bédard, alors que « Red Cheese Boom » permet au même contrebassiste de préciser le thème des accords et de faire image d'une superbe version solo, tout en permettant à l'ensemble, Quatuor et percussionniste inclus, de proposer l'alternance, jolie, de chacune des attaques et des accompagnements. Ce qui amène entre autres le batteur à une belle subtilité, surtout en appui au solo de Bédard.
« Dernier départ d'Atlantis » demeure une belle preuve de recherche musicale, le Quatuor appuyant la formule avec une retenue juste, sur un rythme réjouissant et une approche très sérieuse du trio en cours de route. J'aime particulièrement l'assemblage, si je puis dire, des inspirations, qui se chevauchent fort bien.
Pour ce qui est du titre-thème, « Transit », l'amorce de l'ensemble introduisant les cordes, le piano, puis la contrebasse, enfin la batterie, alors que le trio revient à sa source avec une belle énergie. Dominic Cloutier fait ici preuve d'une juste retenue, tout en étant fort bien inspiré et enthousiaste. Et la pianiste donne un exemple imposant de son registre.
Cet album affiche deux constantes: une belle évolution depuis « Temps inégal » et une assurance qui permet de croire, et de souhaiter, une solide continuité dans cette aventure musicale qui promet beaucoup.
Prise de son à signaler, comme les photos d'Yvan Couillard, pour une jaquette de bonne eau. Ériquette: Note Musik.
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À écouter: « Poker Fake ».
Cote: 3.9 (sur 5)
