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02 Jan

La passion de « Les maîtres de la pierre »

Publié par Laurent Leblond  - Catégories :  #Isabelle Berrubey Auteure « Les maîtres de la pierre »

J'ai lu « Les seigneurs de Mornepierre » avec beaucoup de plaisir. Le second roman d'Isabelle Berrubey, « Les maîtres de la pierre », honoré par le Salon du livre de Rimouski en novembre, ne manque pas la cible non plus.

Historien de formation, tout ce qui concerne le passé et l'aujourd'hui dans le monde, me fascine, surtout sur les chaines télé spécialisées, aux reportages et aux documents concernés. Je parcours moins de volumes, en raison de mon travail de journaliste (je le suis toujours, même si je suis moins dans le circuit), et cette retraite moins active me permet de rattraper les pages momentanément perdues.

Après avoir parcouru coup sur coup l'histoire de Versailles, la biographie de Nicolas II, Louis XIV à Versailles, après « Les seigneurs de Mornepierre », je me suis consacré à cette seconde brique de quelques 700 pages de cette auteure de la région - née à Matane, elle a grandi dans la Matapédie et enseigne à l'école secondaire(polyvalente) de Mont-Joli - , pour vivre, avec ses personnages, la construction de Notre-Dame de Paris et le règne de Louis IX.

Des personnages sont fictifs, d'autres le sont moins, et l'histoire met en lumière un nombre impressionnant de personnes, dans une France en pleine évolution, en un Moyen Âge pas aussi sombre qu'on pourrait le croire.

La recherche et la précision de l'auteure demeurent d'abord une qualité essentielle de ce roman que je qualifierais de fresque romantico-historique, précisant entre autres les lieux et les habitudes du temps, tout en livrant en simultané des vécus, ou fictifs ou historiques, d'abord en province française, puis largement à Paris.

On est en 1256, alors que Damien Arnould, jeune tailleur de pierre très inspiré, travaille avec son ami Laurent sur le chantier de l'église Saint-Ayoul de Provins, en Champagne. Il rencontre alors Audeline, fille cadette d'un riche négociant, dont il tombe amoureux mais qu'il ne peut épouser, en raison de son rang. Damien tombe aussitôt sous le charme, mais Audeline est promise à un homme de son rang.

Il s'en va à Paris, travaillant à la cathédrale Notre-Dame, dans une grande ville où les riches et les moins riches, où les rangs sociaux et ecclésiastiques se mêlent en fonction de leur rang ou de leurs interventions, professionnelles ou familiales, incluant le roi Louis et sa large suite. Et la religion, sous toutes ses « formes », ne manque pas d'intriguer tout ça.

Les destins, les passions et les honneurs doivent se mêler, dans cette fresque historique traitée avec un bel humanisme, précis, parfois « mêlant », avec plusieurs détails, autant historiques que géographiques. Parce qu'Isabelle Berrubey ne se gêne pas pour entremêler les intrigues et les actions de chacune de ces histoires, qui se rejoignent en quelque sorte au bout du compte.

Certaines fois, quelques détails sont de trop (on dirait un scénario de film en version finale), ailleurs, des précisions interrogent et provoquent le désir de poursuivre. Qualité importante pour un roman.

Si Paris et Notre-Dame demeurent un trait central de cette histoire, les deux personnages principaux, Damien et Laurent poursuivent leur vécu personnel et professionnel, sous une description qui définit une recherche de base de très belle nature.

Travail gigantesque en fait, de recherches, d'écriture et de mise en situation qui exigent une attention dominante et essentielle, proposition qui détermine la qualité indiscutable de cette histoire, ce roman, très acquis, si je puis dire, dans sa formule. Isabelle Berrubey ne manque pas d'audace comme de plaisir évident en racontant cette fresque historique qui laisse en avant-plan, de fait, la construction de Notre-Dame et du Paris d'hier.

Qu'une auteure québécoise se lance dans la recherche et la rédaction d'un tel sujet, médiéval et en France, démontre une passion incontestable pour le moment historique, européen de surcroit, avec l'incidence de plusieurs faits qui se reprennent aujourd'hui, de l'amour à la trahison des hommes. Ils sont ordinaires ou industrieux, de toutes les professions, riches ou manants, honnêtes ou voleurs, curés ou laïcs, moraux ou dépravés.

Le jeu en vaut la lecture, en un français adapté à l'époque, dans une fresque qu'on ne peut quitter qu'à la dernière page.

Et malgré certaines insertions trop lourdes de détails, qui mêlent quelque peu le lecteur pour la suite (quelques descriptions auraient méritées être plus concises), la force intrinsèque de ce très intéressant roman demeure dans la justesse des intrigues, soulignées avec un soin évident, en une description qui demeure presque cinématographique, justement.

Comme je l'avais souligné à l'auteure, en entrevue, à la parution de son premier roman, ces textes pourraient devenir des scénarios. Le seul hic, c'est le budget, parce que serait exigeant sous ce point.

Donc, mieux vaut lire tout de suite ces romans, le second d'Isabelle Berrubey étant une belle « force de la nature » dans le style et la formule du drame.

Isabelle Berrubey. (Photo: courtoisie)

Isabelle Berrubey. (Photo: courtoisie)

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À propos

Arts et spectacles à Rimouski, Québec, Canada; cinéma et télé